mercredi 4 janvier 2012

Nouveau PNR (mars 2011) Premières réactions


Nouveau PNR réactions rapides de JP BULTEZ
(les petits frères des Pauvres) EAPN et AGE

Remarques au fil de l’eau :
L’objectif français de réduction de la pauvreté :
Curieusement le texte ne mentionne pas l’objectif de 1,6 million de personnes qui sortiront de la pauvreté d’ici 2015 (chiffres 2012) et continue à mentionner le taux de diminution de 11% entre 2066 et 2008 de l’indicateur de pauvreté ancré dans le temps, indicateur jugé inapproprié par le CNLE.
Par ailleurs, dire que la pauvreté recule est une chose, l’observation sociale de terrain ne semble pas aller dans ce sens. Enfin le calcul de ce chiffre de 1,6 million n’est toujours pas donné, comme si le seul chiffre réputé être un objectif est celui de -33% en cinq ans.
Enfin est écrit le fait qu’une « politique d’inclusion sociale efficace se doit donc d’agir de front sur les deux instruments que sont le retour à l’emploi et les minima sociaux »
La mise en œuvre du RSA :
Dire que le RSA activité a augmenté le niveau de vie de ses bénéficiaires de façon significative en donnant le chiffre de 18% d’amélioration est un peu excessif, car le RSA activité est de 150 euros en moyenne (chiffre à vérifier).
Les soutiens aux personnes fragiles :
Sont cités les personnes handicapées et les personnes âgées, les veuves et petites pensions agricoles. Si l’on ne peut que se réjouir des plans de revalorisation des allocations, elles restent toutes au dessous du seuil de pauvreté, ce qui ne changera donc pas le taux de pauvreté et de plus, le nombre de bénéficiaires re-augmente pour ce qui concerne le « minimum vieillesse » après des années de décrue.
Rien sur le niveau lui même du RSA, pourtant notoirement trop faible pour vivre dignement. Aucun lien n’est fait entre les prestations de minima sociaux et le fait qu’elles permettent une vie digne.
L’effectivité des droits fondamentaux :
Il s’agit essentiellement d’études qui sont annoncées (Reste à Vivre, non recours, accès aux soins dans les ARS) : rien de nouveau et pas d’action.
L’ESS en France :
Le secteur de l’ESS rassemble 200 000 entreprises, mais ce secteur se porte mal du fait des nouvelles contraintes mises en place par les financeurs. Au final les plus exclus de l’emploi sont peu à peu maintenus à distance.  Parler d’un programme de soutien à 2000 entreprises (1% du secteur) n’est pas à la hauteur.

Au total, rien sur les politiques d’immigration, d’insertion des personnes discriminées, et finalement, un PNR qui regarde essentiellement les coûts budgétaires et non les « politiques » elles mêmes. Des tableaux sont annoncés.

UE 2020 et logement ? Lien avec la pauvreté et l’énergie ! (fev 2011)


UE 2020 et logement ? Lien avec la pauvreté et l’énergie !
Depuis le 1° janvier 2011, nous sommes entrés dans la décennie de l’Union Européenne dite « UE 2020 ». Les chefs d’Etat et de gouvernement ont décidé en mars et juin 2010 cette stratégie, comme poursuite de la décennie précédente appelée Stratégie de Lisbonne.
Désormais, les Etats Membres doivent « réduire la pauvreté et l’exclusion sociale » à l’horizon de 2020, de 20 millions de personnes sur les 120 millions qui actuellement cumulent un niveau de ressource insuffisant (disposer de moins de 950 euros par personne et par mois pour la France) ou des privations matérielles graves ou vivre dans un foyer ayant un revenu d’activité faible (20% du temps de travail potentiel selon les Etats Membres). Tout cela semble intelligent et propre à dépasser la seule mesure monétaire des situations de ménages en difficulté. Chaque Etat Membre doit donc s’interroger sur les indicateurs qu’il retiendra pour mesurer la réduction du nombre de personnes ou ménages en situation de pauvreté.
Mais quid du logement, notamment dans les privations matérielles. C’est étonnant, mais aucune des 9 privations que les Etats Membres peuvent retenir ne parle de logement en tant que tel. En effet il s’agit des privations suivantes : 1) payer un loyer ou des factures courantes, 2) chauffer correctement leur domicile, 3) faire face à des dépenses imprévues, 4) consommer de la viande, du poisson ou un équivalent de protéines tous les deux jours, 5) s'offrir une semaine de vacances en dehors de leur domicile, 6) de posséder une voiture personnelle, 7) un lave-linge , 8) un téléviseur couleur, ou 9) un téléphone.
Le logement est donc pris en compte de deux manières : par le loyer (ou plutôt des factures parmi lesquelles se trouverait la quittance de loyer) et le chauffage. C’est dire que si les gouvernements des Etats Membres veulent influer favorablement à la baisse le taux de pauvreté et le nombre de personnes en pauvreté, ils peuvent retenir ces deux indicateurs. Car on ne peut douter que ces deux indicateurs seront retenus par nombre d’Etats Membres. Que donnent-ils pour la France ?
9 % des français disent avoir eu des problèmes de retard de paiements pour leur loyer (INSEE panel SRCV 2004-2007) et 13 % n’ont pas les moyens financiers pour maintenir le logement à bonne température. Ces chiffres inquiètent sérieusement et mériteraient d’être déclinés par tranche d’âge.
Pour les publics « pauvres en conditions de vie » qui regroupent surtout des retraités, les restrictions de consommation touchent 54% des ménages/personnes en matière de chauffage. C’est dire que les augmentations des prix du gaz et de l’électricité (+3% au 1° janv 2011) relancent la question des tarifs « réglementés » garantissant stabilité ou prise en charge sociale.
De plus le tarif « social EDF » est annoncé en évolution favorable puisqu’il baisse de 10 points. L'abattement qui variait de 30 à 50 % en 2010, passe au 1er janvier à une fourchette de 40 à 60 % sur les 100 premiers kWh consommés chaque mois. C’est dire que son impact restera modeste en euros, la consommation moyenne étant de plus de 200 Kwh par mois selon les configurations familiales. La boucle est bouclée. Et le non recours à ce tarif est important autour de 50%. Même si l’automaticité d’attribution est programmée, ce n’est pas sur ce registre de l’énergie que la réduction de la pauvreté, au regard de l’UE 2020 pourra se faire !
JP BULTEZ Champ Marie LILLE fev 2011

Rapport au Parlement : Suivi de l’objectif de baisse d’un tiers de la pauvreté en cinq ans (oct 2011)


Rapport au Parlement
Suivi de l’objectif de baisse d’un tiers de la pauvreté en cinq ans
Partie 1 : l’Evolution récente de la pauvreté en France et en Europe
Cette partie commente les éléments du Tableau de Bord et apporte une lecture des évolutions .
Globalement, les indicateurs ancrés dans le temps montrent une amélioration, mécanisme qui a été  mis en évidence dès 2009, par une note de l’ONPES au CNLE :
-       le taux de pauvreté ancré dans le temps, basé sur un point de départ 2006, « inflaté » ensuite, donne des résultats prévisibles à la baisse. Si l’indicateur ancré dans le temps et celui de 60% du revenu médian évoluent à la baisse, dans le même sens cette année, l’écart (-7,2% contre -0,4%) reste important et toujours difficile à interpréter. Mais le taux de pauvreté ancré dans le temps apparait ainsi plus clairement comme un indicateur de résultat des politiques publiques, au sein d’une évolution plus globale de la situation économique.
-       L’intensité de la pauvreté s’est accrue (+0,3% pour atteindre 18,5%) augmentant ainsi le nombre de personnes les plus pauvres, ce qui n’est pas rien.

-       le taux de pauvreté lié aux privations matérielles (8 carences sur 27 difficultés) évolue peu, mais à la hausse (+0,5%) et la concordance avec le taux de pauvreté monétaire n’est pas franchement étudiée. Cela reste dommageable car la combinaison des deux indicateurs permettrait une approche plus globale du nombre de personnes touchées par la pauvreté (entre 20 et 25%). Mais cela ressortirait d’un travail plus approfondi, notamment en le situant par niveau de revenu (Note ONPES idem). Cette combinaison des indicateurs de revenus et de conditions de vie s’imposera dans le cadre de la réduction de la pauvreté au sein de la stratégie UE 2020.

-       l’évolution par classe d’âge : pour les personnes âgées le rapport retient deux chiffres, celui des plus de 65 ans et celui des femmes de plus de 75 ans. Curieusement les chiffres publiés par l’INSEE permettent de retenir que les écarts de taux les plus intéressants à noter sont entre les personnes seules (16,1%) et les couples (7,3%) et si l’on regarde les taux des hommes et des femmes par tranche d’âge, cela ne fait que conforter la problématique des retraites pour les femmes et les pensions de réversion essentiellement destinées aux femmes veuves. En tout état de cause, l’augmentation du taux de pauvreté des femmes de plus de 75 ans qui augmente depuis 5 ans (2004-2008 : +25 %) est due à l’avancée en âge de ces femmes à toutes petites retraites, effet démographique donc. Et l’augmentation du taux au seuil de 60% du revenu médian des personnes de plus de 65 ans subit une hausse continue et passe en cinq ans de 8,6 à 10,3% soit + 20%.
On peut s’interroger sur la pertinence de  garder l’âge de 65 ans comme une frontière statistique, du fait que le report à 67 ans pour l’accès au taux plein sera très rapide, que le cumul retraite+emploi n’a plus d’âge pour se réaliser et qu’entre 62 et 100 ans on ne peut pas dire appartenir à une seule catégorie sociale (Cf la nouvelle définition du CAS dans le vieillissement). Publier un taux unique pour les personnes de plus de 65 ans, qui représentent 16% de la population en 2007 mais 26% en 2050 est-il toujours pertinent ?

-       l’absence d’indicateurs pour le public des familles mono parentales pose question, car c’est une catégorie sociale en croissance numérique, avec des taux de pauvreté les plus élevés, autour de 30%, après transferts sociaux. On peut objecter que l’on va retrouver ces familles dans les autres indicateurs, mais réduire la pauvreté sans prendre en compte ce public précisément semble insatisfaisant. D’ailleurs de nombreuses villes attribuent des aides financières spécifiques pour ces familles.

-       La pauvreté des jeunes subsiste à 20,1% (taux de pauvreté monétaire au seuil de 60% du revenu médian), atteignant 42% en ZUS.

-       En matière d’emploi et d’accès à l’emploi de qualité, les personnes travaillant à temps partiel comme les « travailleurs pauvres » augmentent sensiblement (+0,7% pour atteindre 5,5% en sous emploi).

-       Les indicateurs d’accès aux droits fondamentaux : le commentaire reprend ce que d’autres sources mettent en avant. Notons l’augmentation :
o    des ménages surendettés de +18% entre 2007 et 2009,
o   du renoncement aux soins pour raisons financières de +6,9%
o   du très faible taux de bénéficiaires de la CMU dans les bilans de santé : 5%
o    
-       Les dépenses pré engagées dans le revenu présentent un taux différents entre 2009 et 2010 (53% contre 55,8%) alors qu’il s’agit de la même année 2005.

-       Les ZUS, comme lieux de concentration de problèmes de pauvreté, mais où l’on annonce que la pauvreté diminue. La comparaison des zones ZUS et hors ZUS est utile. Le tableau comparatif de 2009 aurait pu être reconduit dans le texte. Si cette pauvreté s’appuie sur le manque d’emploi essentiellement, rien n’est dit des causes profondes comme la composition des familles, les origines sociales, l’ancienneté des locataires, etc …qui constituent aussi des éléments de compréhension de ces populations dans ce type d’habitat et d’environnement.

-       Le système de veille, initié par l’ONPES, désormais entre les mains de la DRESS ne permet pas d’apport d’éléments nouveaux sur 2010.

-       Indicateurs et objectifs au niveau européen : l’évolution de l’Union Européenne, passant de la stratégie de Lisbonne à celle dite UE 2020 est bien explicitée au regard du rapport au Parlement. Les choix du gouvernement en matière de réduction de la pauvreté manière UE 2020 ne sont pas présentés et nous ne disposons pas d’éléments permettant de savoir ce que seront les indicateurs retenus par la France, sauf à lire dans le document connu du PNR que le seuil de pauvreté ancré dans le temps sera peut être retenu comme paramètre suffisant. Un éclairage sur les indicateurs que la France retiendra ou pourrait retenir eut été utile, 4 sur les 9 privations matérielles possibles, dans le cadre du système SILC. La concordance entre le système UE SILC et le système INSEE (27 indicateurs) serait utile à travailler.

-       La crise est mentionnée à plusieurs reprises, sans véritable approfondissement sur son impact auprès des publics défavorisés et vivant de minima sociaux. Les sources ne donnent que peu d’information sur l’année 2009, ce qui contribue à laisser un sentiment d’écart entre ce qui est mesuré et ce que l’observation sociale relève à 18 mois d’intervalle. L’augmentation des minima vieillesse et AAH, mais la stagnation du RMI devenu RSA socle ne donnent lieu à aucun commentaire alors que selon les départements ils regroupent des publics significativement nombreux (Dans le département du Nord, 11% de la population vit avec le RSA).

Remarque générale : tous les indicateurs auraient profit à être complétés de chiffres mettant en avant le nombre de ménages ou personnes concernées. Si  le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté à 60% est quasi inchangé entre 2006 et 2008 avec 7 828 000, l’intensité de la pauvreté passe de 18 à 18,5%.
Le nombre de personnes en surendettement passe de 160 000 à 182 000.
L’augmentation du nombre de personnes de plus de 65 ans sous le seuil de pauvreté (taux de 60% du revenu médian) est de 174 000 de 2004 à 2008.
     
Partie 2 : L’action du gouvernement pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion
A -  Le RSA comme outil d’amélioration du pouvoir d’achat et de lutte contre l’exclusion. Le chapitre apporte des éléments de coût du dispositif , d’évolution du nombre et type de bénéficiaires mais n’apporte pas d’éléments en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, renvoyant à fin 2011 cette analyse. Point n’est mentionné le « non-recours » au RSA et au RSA activité, qui est cependant devenu une quasi question politique pour les Conseils Généraux. La 1° mesure de simplification  du RSA porte sur ce sujet. Les travaux à venir mentionnent cette question (Page 39).
B – Les leviers de l’action publique :
-       Liste est donnée des revalorisations des allocations, des primes accordées
-       Mention est faite de l’aide alimentaire, qui devient avec 3 millions de personnes, l’aide la plus importante attribuée via les canaux associatifs.
-       La lutte contre la pauvreté des enfants met en évidence le rôle crucial des CAF. Les missions réalisées par les Conseils Généraux ne sont guère abordées.
-       La lutte contre la pauvreté des enfants présente les axes et chantiers en construction.
-       La lutte contre la pauvreté des personnes âgées donne le détail des augmentations en matière de pensions de réversion et de minimum non contributif (mais seul le minimum vieillesse pour personne isolée est concerné) ; toutes allocations restant très en deçà du seuil de pauvreté pour les personnes seules; ce chapitre n’aborde pas la question de l’accès aux soins et des seuils en place pour l’accès à la CMU et CMU_C renvoyant ces bénéficiaires vers des mutuelles (Environ 100 euros par mois). L’emploi des seniors reste un point sensible avec peu d’avancée réelle à court terme.
-       Les travailleurs pauvres et l’accès à l’emploi : chapitres descriptifs des dispositifs sans lien avec le 1° rapport au Parlement
-       Accès et maintien dans le logement : présentation détaillée de la stratégie de « refondation » et « du logement d’abord » : si les moyens financiers sont maintenus, l’organisation a été totalement décentralisée et l’on mesurera dans le 3° rapport les effets réels de cette stratégie. Dans ce paragraphe sur le logement s’est inséré un texte sur le Pacte de lutte contre la précarité énergétique, dont les intentions sont louables, mais qui toucheront essentiellement des propriétaires occupants à faibles ressources.
-       Formation et éducation : un ensemble de dispositifs
-       L’accès aux soins : si les ARS sont appelées à une réorganisation des soins avec moultes plans stratégiques à plusieurs niveaux, réjouissons nous que les publics les plus vulnérables aient été inscrits dans la loi. Le chapitre présente la CMU et les meures pour l’ACS. Rien n’est dit sur la démographie médicale, les franchises, les refus de soins pour les bénéficiaires de la CMU, les dépassements d’honoraires qui constituent de solides handicaps pour les publics fragiles.
-       L’exclusion bancaire :
-       L’année 2010 : description des actions (projets et séminaires) et quelques perspectives pour 2011.
C – Le soutien financier :
-       constatons la chute du financement de l’Etat (4 milliards d’euros/33 milliards en 2009) et les éléments de compréhensions cités.

In fine : document et annexes constitue une « somme » d’informations destinée à répondre à la question du suivi de l’objectif. Il ne s’agit pas d’en attendre un outil du type des PNAi. Une clarification des indicateurs est à faire en fonction des années disponibles et une harmonisation de la présentation des résultats atteints au regard des objectifs peut améliorer la fonction prévisionnelle du tableau.
Après ce 2° exercice, se pose la question du calage des dates de parution du fait des sources et des éléments présentés dans la partie 2, qui ne reprennent pas les « résultats » obtenus depuis le rapport précédent.
Ce rapport au Parlement est un outil politique de gouvernance des politiques publiques, il peut évoluer pour mieux répondre aux attentes auxquelles il veut répondre.
Travail pour l’ONPES (oct 2011)

Quels moyens face à la crise sociale ? (sept 2011)


Quels moyens face à la crise sociale ?
La crise, les augmentations de tarifs, ont conduit les publics les plus vulnérables à des comportements nouveaux et inquiétants. Telle personne vivant d’une modeste pension de réversion, voyant ses factures d’énergie chaque fois plus élevée, s’est résolue à « manger dans le noir » pour réduire  sa facture d’électricité, comme à fermer ses volets en plein hiver pour réduire ses pertes de chaleur. Comportements marginaux certes, mais combien révélateurs.
Au delà des attitudes individuelles, voilà maintenant que les organisations en charge de la solidarité nationale se voient imposées des réductions budgétaires sans concertation préalable, au moment où les « réformes structurelles » annoncées sont engagées.
A la veille de la rentrée sociale et politique, force est de constater qu’en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, les dossiers sont bloqués ou obligent à des changements radicaux.
L’absence de logements sociaux face aux besoins et aux demandes des centres d’hébergement !
Depuis deux ans un ministre met en chantier un  programme ambitieux appelé ‘refondation’, pour placer le logement en premier, plutôt que l’hébergement, d’où le slogan « le logement d’abord !)  (en anglais Housing first)
Les acteurs de terrain sont d’accord sur l’objectif, le travail s’engage avec les services de l’Etat, tout avance mais les financements n’arrivent plus, une procédure se met en place pour que les associations signent des contrats où l’on demande de faire sur 12 mois avec des crédits calculés sur 10 mois. Ce qui  conduira à des fins d’activité, voire des non renouvellement de contrats de travail. Les associations réagissent et refusent de rentrer dans ce jeu. Rendez-vous avec les préfets, les sous préfets, rien n’y fait!
La force du donneur d’ordre s’oppose au droit.  Les projets associatifs sont oubliés, faisant le lit de la vie associative orientée sur les besoins, oubliant les promesses de travailler progressivement avec un ajustement des projets. La résistance des associations s‘organise, avec d’autres réseaux : syndicats de salariés alertés, secteur de l’IAE, centres sociaux, missions  locales … Car tous les secteurs financés par l’Etat mettent en évidence les resserrements des budgets et l’abandon de plusieurs pans des politiques publiques.
La confiance est perdue entre les associations d’hébergement et d’accueil, et l’Etat. Le Premier ministre propose à nouveau de se revoir, à la rentrée, évoque des aides financières, notamment le paiement des agios bancaires payés par les associations, qui à fin juin n’ont toujours rien reçu, pour des actions démarrées en janvier.
Les propos du ministre rappelant que l’on a créé + 28% de places depuis 5 ans dans les centres d’hébergement soit 115 000 actuellement, que le logement social via les PLAI est en hausse, n’y font rien. Car, tout le monde le sait, il n’y a pas de logement social pour les publics accueillis et les freins à l’inconditionnalité de l’accueil dans les structures sont reçues comme autant d’obstacles à l’éthique associative, qui est d’accompagner, inlassablement, en partant des personnes et non des impératifs budgétaires. Les manifestations du SAMU social à Paris et des « 115 » sur le même registre des coupes budgétaires manifestent bien l’incompréhension des acteurs de terrain.
Les associations s’interrogent : ne s’agit-il pas de « casser » l’outil d’accueil et d’hébergement en place et sa cohérence, au seul profit d’une orientation budgétaire. Des assises régionales sont annoncées au dernier trimestre pour lancer des « expérimentations » sur cette articulation entre hébergement et « logement d’abord », cela suffira-t-il ?
Le RSA est-il réformable ?
Le nombre d’allocataires du RSA « socle » (l’ex RMI) augmente, mais les entrées/sorties dans le dispositif se révèlent plus importantes que prévues. Le RSA est-il le bon outil en temps de crise, quand l’emploi (et lequel) n’est plus là, quand l’insertion professionnelle est elle même en rade, quand le logement social est trop peu fluide ?
Le RSA, voulu comme un outil moderne et efficace pour tous ceux voulant s’insérer et entrer dans l’emploi est en panne. Depuis sa création, la dichotomie entre insertion sociale et insertion professionnelle fait problème. Tous les acteurs associatifs s’accordaient à demander qu’une priorité soit accordée à l’accès à l’emploi. Mais les chamboulements à Pôle Emploi et l’absence de moyens d’accompagnement qui soient dédiés aux publics fragiles ont réduit fortement l’efficacité de cette orientation. Et la « crise » a fait se réduire les chances de trouver quelque forme d’emploi que ce soit.
Plus fondamentalement, le schéma consistant à faire se succéder insertion sociale puis insertion professionnelle, comme une fin en soi,  construit une approche très stricte et finalement limitative. Il s’agit de « lever les freins à l’emploi ». Il suppose que les parcours soient linéaires, voire réguliers et progressifs, ce qui est loin d’être le cas, les « aller-retour » étant fréquents. Il s’agirait donc plutôt d’organiser la coopération entre acteurs des accompagnements au long des parcours, de manière souple et attentive.
Dès lors, les Conseils généraux sont-ils confrontés à de profonds dilemmes. Faut-il rétablir des « passerelles » entre services sociaux du Conseil général et Pôle Emploi ou carrément revoir le modèle et les parcours destinés aux personnes vulnérables. Car il est bien clair que l’orientation vers Pôle Emploi uniquement sur critère administratif et déclaratif est un leurre si aucun dialogue n’a lieu rapidement avec les personnes sur leurs réelles capacités à se mettre en recherche d’emploi.
Car finalement, de la Cour des Comptes à tous les travaux départementaux, quels que soient les parcours d’insertion, quels que soient les publics, il faut partir des besoins des personnes et non des offres d’insertion. C’est la capacité d’adaptation et de personnalisation des réponses (dans une co-construction) qui fait la réussite du système. Toute orientation mal faite éloigne les bénéficiaires des solutions durables. Et les constats sont là : les « perdus de vue » deviennent de plus en plus nombreux, ce qui constitue un réel échec pour tous les acteurs impliqués dans un dispositif se voulant au service de la cohésion sociale.
Il y a donc matière pour les départements à mener une action plus territorialisée, où les acteurs se connaissent, où les personnes bénéficiaires peuvent se faire entendre, dans des fora organisés à cet effet, à l’image des processus participatifs en place pour tous les citoyens.
A la vulnérabilité des personnes et familles, il faut opposer la « concentration et la cohérence » des moyens institutionnels, rétablir peut-être les « guichets uniques » pour l’accueil des « nouvelles » personnes en mal d’insertion (réunissant CAF, Etat, Département). Cela permettrait à minima une vision globale des difficultés et des opportunités, du parcours à réaliser, avec de ce fait une contractualisation plus efficace. L’engagement dans des démarches actives d’insertion suppose un ‘tempo’ rapide et soutenu, avec un pilote et une communication bien organisée, laissant place aussi à l’expression des allocataires à tous les stades du parcours.
Le dispositif a mis en place des « référents RSA », succédant aux référents généralistes de parcours (dans le département du Nord). Nul doute que le « métier » a changé et mérite que l’on s’interroge sur les missions et nouvelles formes de collaborations et partenariats à construire sur les territoires. S’appuyer sur les Plans locaux de développement pour l’insertion, avec des acteurs diversement engagés qu’il faut mobiliser est un réel challenge, différent de celui vécu dans le dispositif RMI où l’on se « contentait » d’une logique d’offre.
Une conférence nationale sur le RSA est prévue avant la fin de l’année. Les acteurs associatifs seront attentifs aux évolutions proposées, à la mobilisation des bénéficiaires, à l’analyse des « bonnes pratiques » déjà à l’œuvre. Car l’enjeu est colossal si l’on veut faire de ce dispositif un véritable lien entre des publics fragiles, qui n’attendent que de la stabilité, et un marché du travail de plus en plus incertain.
Publié dans Le Pont des Associations URIOPSS Nord Pas de Calais sept 2011